Vers quel fonds européen de la traduction ?

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La Société européenne des Auteurs propose, dès aujourd’hui, on l’a vu, la constitution d’un fonds européen pour la traduction, non plus sur la base de la défense d’une langue nationale, mais dans une logique multilingue, croisée, post-nationale. Le fonds, une fois constitué, déléguerait à la Société européenne des Auteurs, ou à un comité de lecture indépendant et renouvelable auquel elle ferait des propositions, le soin d’établir une liste d’oeuvres à traduire : choix du texte, choix de la langue de destination, choix du traducteur. Concrètement, avec 100 000 euros par an, à raison d’une moyenne de 20 euros par page traduite, la SEA pourrait organiser et financer la traduction de 30 000 pages par an, soit, entre 15 et 20 livres de 300 à 500 pages. Ce qui représenterait quelques centaines de textes sur deux à trois décennies. En s’appuyant sur un réseau de « parrains », « passeurs », et « correspondants », la SEA considère que tous ceux, institutions publiques ou mécénats privés, qui contribueraient à ce fonds ne donneraient pas seulement du poids à la cause éminente du livre et de la traduction, mais aideraient à l’émergence d’une Europe des oeuvres et des idées.

Ce qui ne va pas sans appeler deux remarques : la première, que l’aide à la traduction s’inscrit généralement dans le système de marché qu’est l’édition afin d’assurer qu’il y aura diffusion des oeuvres subventionnées ; la seconde, que même s’il dépend d’une autre logique, il existe bien, on l’a vu aussi, un programme européen de soutien à la traduction d’oeuvres littéraires dont la dotation de 17 M d’euros reste très inégalement consommée. Or ce programme n’a, dans son principe, rien à envier au système américain par exemple. Les conditions d’attribution des bourses à la traduction du National Endowment for the Arts (NEA) à Washington ne font pas rêver : 12 500 ou 25 000 dollars selon la qualité artistique ou le mérite du projet. Charlotte Mandell reconnaît que si elle n’en avait pas bénéficié pour traduire Zone de Mathias Énard – une phrase d’un seul tenant sur 500 pages –, elle n’aurait pas pu le faire car, durant tout le temps, elle ne pouvait avoir ni d’autres activités, ni d’autres ressources. Elle est pourtant la traductrice de Proust, Flaubert, Blanchot. De plus, avoir décroché cette aide la ravit, sachant qu’elle fut pour l’occasion soumise au regard de ses pairs et non pas, comme à l’habitude, des simples lecteurs.
Un fonds européen d’aide européen à la traduction, stable et efficace, doit certainement exister. Mais sa forme, son sens restent à trouver.

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